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J'ai douze ans quand je trouve dans un placard un appareil kodak retinette. Mes parents font des photos de famille avec un instamatic, j'achète La Photo en 10 leçons et je me lance dans le noir et blanc. Parmi les noms de Cartier-Bresson, William Klein ou  Marie-Laure de Decker, celui de Marc Riboud me devient plus familier lorsque, ami de son fils, il me propose de l'aider à classer ses diapos au retour de Chine. J'ai dix-sept ans et dans les dix années qui suivent je vais m'éloigner de mon rêve d'enfant - la photographie - pour expérimenter d'autres métiers. Étudiant en architecture, j'apprends à maîtriser l'espace puis à l'école Louis Lumière à l'éclairer. Cameraman pour la télévision puis, lauréat de la Fondation Carat je parcours le monde pour étudier l'organisation du travail dans l'audiovisuel. À trente ans je décide de tout plaquer et de reprendre la photo.

Parce que j'ai toujours cherché à transgresser les notions de distance, j'ai orienté  une partie de mon travail vers une quête plus radicale. Le rapport au fond noir soustrait la personne photographiée aux supports que sont le décor, les expressions, la relation au monde et jusqu'au rapport avec le photographe lui-même. Je cherche dans la lecture du visage, donné non pas dans son histoire mais dans son immanence, une sorte de révélation. Négation de la lumière en tant qu'écriture, mon travail a banni là toute charge, tout reflet parasite pour poser le visage dans sa nudité et son intériorité.